Mon nom est Élodie Fiat. Je suis bruiteuse à la radio. Il arrive bien souvent que l’on me demande comment j’en suis venue à exercer ce métier rare, tapissé de magie. J’ai alors tendance à répondre à la volée qu’il n’existe pas vraiment de formation pour y accéder, qu’il s’agit d’un métier de l’ombre, sorte de petites mains du spectacle, et que mon chemin vers le bruitage a été ponctué de diverses rencontres, de découvertes et d’immersions.
Je vais donc prendre le temps, ici, d’écrire mon chemin de vie professionnel. Là où il en est, en 2025. Afin d’en comprendre sa logique et sa structure. Comme on épingle un point d’étape sur une trajectoire.
À l’évidence, le plus simple est de revenir au tout début, plus exactement à la période qui s’ouvre après l’obtention de mon baccalauréat. A cet âge, je vis encore chez mes parents à Montigny-le-Bretonneux, une commune située dans les Yvelines, au sud-ouest de Paris. A tout juste dix-huit ans, dépourvue d’idées précises en tête, je m’inscris en licence d’info-com à l’université de Saint-Denis. J’y suis deux années d’études supérieures, interrompues au milieu par un voyage de neuf mois en Nouvelle-Zélande.
Des explorations, une révélation
Je pars vivre là-bas, d’août 2006 à mai 2007. Comme on part à vingt ans, sans attentes particulières et sans idées préconçues. Au fil des jours germent, sur cette île du bout du monde, les racines du métier que j’exerce aujourd’hui. Tandis que quelques mois plus tôt, je parlais vaguement de devenir professeure ou journaliste, ici l’éloignement et l’isolement que je vis au quotidien modifient la donne.
Très prosaïquement, parce qu’il me faut occuper mes journées et que la France me manque, le temps distendu me prend par la main et me convie à explorer ce jeune média qu’est alors Arte Radio. J’y découvre pêle-mêle tous les sons qui y sont proposés et mes oreilles sont instantanément séduites par ce format novateur qui consiste à présenter des sons épurés. J’entends par là des sons bruts sans l’intervention d’un journaliste ou d’un documentariste, sans voix off.
Avec le recul, ce que j’aimais, me semble-t-il, c’était cette entrée directe dans une pastille sonore. J’étais alors portée par l’écoute. Accompagnée de ces sons, ces témoignages et ces parcours, j’apprends tant. Et puis à dire vrai, je goûte avec délice à cette sensation – que je crois nouvelle – de me glisser dans la peau de celles et ceux qui racontent et témoignent. En vérité, j’avais déjà ressenti cette excitation précédemment, bercée par les séances d’écoute de Tam Tam Etc. l’émission de Pascale Clark, sur France Inter.
Je me souviens également de cette jeune femme, Caroline Cartier, qui tenait à la radio une chronique composée exclusivement de prises de son. Singulièrement, son approche m’atteint. Les médias la qualifient de « chasseuse de sons ». Je trouve cela beau comme nom de métier. A la faveur de ces découvertes majeures, mon écoute s’affûte et mon désir se précise. Ces sons sont devenus mes compagnons de route, chaque jour, chaque nuit.
C’est ainsi qu’au printemps 2007, à mon retour de Nouvelle-Zélande, ce que je veux faire m’apparaît presque comme une évidence. Mes explorations sonores m’ont touchée en plein cœur. Mon envie est claire : je veux travailler à la radio !
Écouter sa voie
Je termine ma licence d’info-com en juin 2008. En parallèle, en emploi étudiant, je travaille dans un théâtre – La Ferme de Bel Ébat -, un lieu formidable où je suis en contact avec des techniciens son et plateau. Je me renseigne sur les écoles qui forment à ces métiers. J’explore, je cherche, l’offre est vaste mais pour moi les contours restent flous. Pourtant la rentrée de septembre 2008 approche à grands pas. Je tente une licence en création sonore et enregistrement musical au sein de l’Université de Marne-La-Vallée. J’y ai des cours de physique du son, de montage, j’apprends quelques bases. Même si l’intitulé correspond a priori mieux à mes attentes, je comprends que je n’y suis pas à ma place. Je ne suis entourée, à peu de choses près, que de garçons qui rêvent d’intégrer l’école Louis Lumière qui forme les techniciens du cinéma. Ils sont en outre musiciens et un peu geek. Je ne m’y retrouve assurément pas.
Lors de la deuxième année, je décide donc – avec l’accord de ma directrice de licence – de profiter du bénéfice de mon inscription à l’université pour réaliser des stages et me former un peu seule, en autonomie. Je découvre l’Addor, – l’Association pour le Développement du Documentaire Radiophonique – qui s’est montée en juin 2009. A ses côtés et en discrétion – car je suis très impressionnée par les gens qui la compose – je participe à des colloques, des conférences et des écoutes. Je souhaite découvrir au plus large. Je me nourris de la diversité des créations avec le son. Je ne sors de chez moi qu’avec un casque vissé sur les oreilles. J’apprends par l’écoute. C’est du reste à cette période que je prends conscience qu’il y a un métier derrière l’intitulé documentaire sonore.
En 2009, en décembre de cette année de transition, je me rends pour la première fois au Festival Longueur d’Ondes à Brest, un festival majeur, incontournable, consacré à la radio et l’écoute. Dans cette ville à l’embouchure de la Penfeld, je pénètre un univers qui va devenir mien. Celui de la création radiophonique. Je découvre nombre de métiers, de talents et de figures qui les représentent. Mes oreilles sont très fortement stimulées. J’ai le souvenir de m’y être agréablement sentie à ma place.
Au détour des séances et des écoutes, une rencontre se révèlera majeure par la suite ; celle d’étudiants en première année au Créadoc, un master spécialisé dans la création documentaire, qui se tient à Angoulême. Je ne le sais pas encore mais je vivrai les deux ans à venir aux abords du fleuve Charente pour me former et sortir diplômée de cette école.
Sur mon chemin vers Brest, cette année-là, se trouve également Silvain Gire, le responsable éditorial d’Arte Radio. Cet homme, en m’accordant sa confiance, m’a permis de réaliser un stage au sein de sa structure et m’a ouvert à des rencontres essentielles.
Première fiction
Chez Arte Radio, sur le papier, je suis rattachée à l’équipe de Direction de Production des contenus aux côtés de deux femmes, Sara Monimart et Chloé Assous-Plunian. Dans les faits, l’univers que je découvre témoigne en réalité des possibles dont regorge ce média. Arte Radio est de ces lieux ruche où se côtoient chaque jour des projets et des personnes aussi riches qu’inspirantes.
Une première rencontre me reste en mémoire. Mariannick Bellot, une femme aux multiples talents, scénariste, documentariste et réalisatrice. Elle est alors en tournage de sa fiction sonore Comme un pied, une joyeuse composition autour du monde du football. Je suis très simplement invitée à travailler avec elle et son équipe sur le tournage. J’y côtoie de jeunes comédiens sortants du Conservatoire, Slimane Yefsah, Mustafa Abourachid, Jonathan Cohen et d’autres, Mohamed Rouabhi, Jackie Beroyer, Florence Loiret-Caille. De nombreux professionnels avec qui j’ai, pour la plupart, retravaillé à la radio plus tard.
Cette expérience est fondatrice. Il s’agit de mon premier tournage de fiction. Hors les murs, dans un stade, sur un terrain de foot ! Je me souviens de la rencontre d’Arnaud Forest et de Samuel Hirsh, ingénieurs du son et chargés de la mise en ondes. Sur le plan technique, je découvre les micros, les couples ORTF, les micros XY, des unités assez mobiles pour un tournage en extérieur. J’évolue au sein de cette équipe en plein exercice de création. J’observe et j’apprends. Et en post-production, je goûte à mes toutes premières leçons de montage sonore avec la réalisatrice Mariannick Bellot.
Des rencontres marquantes… (extrait)
Pour découvrir le travail d’Élodie,
http://www.linkedin.com/in/elodie-fiat-bruiteuse

